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XXXVI - Hôtel d’exposition Duveen de Paris (dit aussi Hôtel des frères Duveen)
L’Hôtel d’exposition Duveen (dit aussi Hôtel des frères Duveen), situé au fond d’une cour dans un angle de la place Vendôme, est issu d’une commande des frères Duveen à René Sergent. Joseph Duveen et ses frères, Louis, Ernest et Benjamin sont associés dans l’entreprise Duveen Frères. Ils font alors partie des plus grands marchands d’art du vingtième siècle et jouent également un rôle d’importance dans le commerce de meubles et objets d’art français du dix-huitième siècle français. Dès lors, le choix de se tourner vers un architecte comme René Sergent n’en demeure pas anodin. Tout comme leur architecte, les frères Duveen cultivent une grande admiration pour le Petit Trianon de Ange-Jacques Gabriel à Versailles. Le choix de se tourner vers ce modèle n’en demeure pas moins la preuve que les frères Duveen souhaitaient également pleinement s’inscrire dans cette lignée du dix-huitième siècle français et, directement, dans le langage architectural de Gabriel. En juin 1907, Louis Duveen accepte les projets du bâtiment permettant le début du chantier.
René Sergent reprend donc la façade du Petit Trianon avec un ordre colossal corinthien qui s’exprime à travers les quatre hautes colonnes cannelées et engagées, surmontés par un entablement qui se distingue par une frise muette et une corniche concise, supportant enfin une balustrade agrémentée de quatre pots à feux dont on peut, éventuellement, trouver un écho dans le Pavillon français de Ange-Jacques Gabriel dans le parc de Versailles. Tout comme le Petit Trianon, l’architecte reprend ici l’usage de fenêtres hautes et des balustrades en guillochis percés à jour pour le rez-de-chaussée tandis que Sergent fait le choix d’orner le premier étage de ferronneries. La cour est quant à elle dallée de marbre rose et blanc, agrémentée d’une fontaine décorative et à droite d’un escalier de six marches flanqué de deux sphinges sculptés et exécutés par Jules Visseaux (1854-1934) qui collabora à de nombreuses reprises avec René Sergent, notamment en 1911 pour le fronton de l’hôtel Errazuriz à Buenos-Aires en Argentine. Enfin, bien qu’il aborde l’ouvrage en reprenant la formule de la façade ouest du Petit Trianon et devant faire face à un rétrécissement de l’espace sur les côtés, Sergent agrémente ces mêmes côtés par de grands vases décoratifs en bas-relief dans une formule décorative et ornementale qu’avait déjà usé Ange-Jacques Gabriel, en particulier à l’Hôtel de la Marine dans les deux façades à frontons.