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V - Château de Bois David

V - Château de Bois David

Château de Bois-David (face nord), carte postale ancienne © Archives départementales de l'Eure, 8 Fi 116-117

AdresseBrionne, France
Année de conception1904
État actuelconservé (privé)

Le château de Bois-David paraît exister dès la seconde moitié du XVIIIe siècle. En effet, un bâtiment au plan rectangulaire et à la facture assez simple formait autrefois une grande maison régulière. Comme le suggère Michel Steve, “il est probable que cet édifice ait été amélioré sous Louis XVI. Plusieurs campagnes de travaux en modifièrent en effet l’aspect. L’œuvre sur laquelle Sergent allait intervenir avait été, en dernier lieu, remodelée sous Louis-Philippe.”

C’est en 1903 que le château devient la propriété de la famille de Bonnechose, une famille subsistante de la noblesse française, originaire de Normandie. Le choix est fait de procéder à un agrandissement de la demeure en faisant appel à René Sergent, qui conçoit les plans en 1904, avant que les travaux ne suivent dans la foulée et se terminent rapidement dès 1905.

Pour saisir la portée de l’intervention de Sergent sur ce château, il convient de rappeler son état originel. Le bâtiment se présentait sous la forme d’un château à sept travées sur ses façades principales, avec de courtes ailes de deux travées de profondeur reliant au pavillon central deux pavillons latéraux en légère saillie. Notons également que le même plan de façade existait originellement sur les deux façades principales (sud et nord). L’ornementation et la décoration qui régnaient sur l’édifice, avec des chaînages harpés, des bandeaux d’étage et des fenêtres rectangulaires, faisaient de celui-ci une demeure typique de la manière néoclassique employée sous Louis XVI et jusqu’à l’époque de Louis-Philippe. L’intervention de Sergent se limite au placage, devant l’une des façades principales, d’une grande galerie à simple rez-de-chaussée couverte d’une terrasse dans les cinq travées centrales. Il ajoute également deux pavillons polygonaux qui viennent allonger les pavillons latéraux originels de l’édifice (fig. 1). Ce procédé d’agrandissement, qui vient compléter un ensemble originel, se retrouvera à nouveau dans le chantier du château du Boulay-Morin et lors de l’agrandissement de l’hôtel de Camastra. Les pavillons sont traités en pans coupés par Sergent, permettant de créer des pièces à l’intérieur de l’édifice qui ont très souvent des formes octogonales ou absidiales. De la même façon, ces pans coupés, par ailleurs assez caractéristiques dans la pratique de Sergent, viennent faire acte de mémoire, d’une certaine façon, avec le caractère néoclassique de la façade originelle. Il faut toutefois noter que l’architecte ne reprend pas ici les chaînages harpés, préférant user de légers ressauts pour l’articulation des pans de façade. La galerie centrale que nous évoquions plus haut se détermine par une percée de larges arcades en plein cintre. Sergent ne disposait pas d’autre solution. Michel Steve souligne qu’il se trouvait limité en hauteur par la nécessité de s’aligner avec le bandeau de base du premier étage. Pour l’éclairage de la galerie, Sergent a conservé des arcades larges et des trumeaux étroits. Michel Steve remarque également l’impression d’élancement qui s’exprime durablement par l’ajout de garde-corps de ferronnerie dans un style Louis XVI-Directoire sur le dessus de la galerie. Toujours dans un esprit de faire corps avec la mémoire de l’édifice, les trumeaux de la baie centrale reprennent des deux côtés les refends à bossages plats de la façade d’origine.

L’intervention de Sergent dans la décoration de l’édifice se manifeste par des tables au-dessus des fenêtres du rez-de-chaussée et des couronnes de guirlandes à l’étage. Le genre plus fouillé et plus riche de ce niveau vient souligner la verticalité et l’élancement des façades. Une entrée latérale basse se trouve ramenée au niveau du sol extérieur (fig. 1, à gauche de l’image) et l’on observe l’ajout d’un œil-de-bœuf ovale dont l’axe principal est horizontal.

Dès lors, en ce qui concerne la distribution des espaces, l’intervention de Sergent bouscule de facto leur disposition. L’intervention impose des salles et des espaces plus spacieux avec des formes originales, notamment avec des pièces à l’intérieur de l’édifice qui ont très souvent des formes octogonales ou absidiales.